Détecteurs urinaires d’hormones en recherche de grossesse

Dre Suzanne Parenteau
Dre Suzanne Parenteau

Les détecteurs urinaires d’hormones sont des systèmes basés sur la détection des hormones sexuelles telles qu’elles sont excrétées dans l’urine et dont les résultats sont lus sur de petits appareils électroniques. Ils mesurent tous l’augmentation importante, normalement 24 à 36 heures avant l’ovulation, de la LH, hormone sécrétée par l’hypophyse. Ceux qu’on appelle couramment «tests d’ovulation» se limitent à la LH. D’autres, appelés «moniteurs de fertilité», mesurent en plus l’augmentation de la courbe de l’estrogène, hormone préovulatoire sécrétée par les ovaires, qu’ils détectent quelques jours avant le pic de la LH.

Figure : Rôles de la FSH et de la LH, sécrétées par l’hypophyse.
Tout en stimulant le développement de l’ovule dans la première partie du cycle, la FSH stimule la croissance
des follicules qui fournissent l’estrogène. Quand la concentration d’estrogène dans le sang a suffisamment
augmenté, un signal est reçu au cerveau pour le déclenchement du pic de LH, provoquant l’ovulation.

Fonctionnement des tests urinaires dits «d’ovulation»

Les tests urinaires « d’ovulation » comprennent des bâtonnets, bandelettes ou cassettes que la femme met en contact avec son urine. Certains permettent une lecture directe après quelques secondes. D’autres comprennent un lecteur numérique, où on pourra lire le résultat de la détection hormonale. Ces systèmes identifient le pic de l’hormone LH, lequel précède en général l’ovulation de 24 à 36 heures. Ils se présentent comme affichant deux jours « de fertilité maximale ». Les tests quotidiens doivent commencer vers le 6e jour du cycle menstruel et se poursuivre pendant 5 à 9 jours ou jusqu’à un résultat positif. Ces appareils prédisent l’ovulation avec justesse en dedans de 2 jours dans plus de 90 % des cas (1). Le nombre de jours dans un cycle où on doit faire un test doit être adapté selon la variation habituelle des longueurs des cycles. Certaines femmes doivent acheter un surplus de bâtonnets ou de bandelettes (plus économiques) à utiliser avec le même lecteur, soit à cause de la grande variation dans la longueur de leurs cycles, soit surtout pour les cycles suivants, car la grossesse ne se produit pas nécessairement au premier
essai. Knight (2) décrit les avantages et inconvénients des tests urinaires d’ovulation mesurant la LH comme suit :
– ils prédisent uniquement deux jours dits « de fertilité maximale »;
– ils peuvent donner de faux positifs (prédire une ovulation alors qu’elle ne se produit pas, ou se produira plus tard) dans plus de 7 % des cycles (3);
– ils peuvent aussi donner de faux négatifs (ne pas prédire l’ovulation alors qu’elle se produit), ou encore, le pic de LH peut s’afficher seulement après l’ovulation réelle (4) ;
– un test positif qui perdure peut indiquer une persistance de LH (possiblement syndrome des ovaires polykystiques ou SOPK); donc, ils ne sont pas utilisables dans la forme de SOPK qui comporte une élévation de la LH;
– ils fournissent une présomption d’ovulation, pas de preuve;
– le principal désavantage des tests qui se limitent à la LH pour la recherche de grossesse est de cibler seulement la phase ovulatoire au lieu de signaler le début de la phase fertile, qui comporte aussi une possibilité de grossesse. En effet, une étude reconnue (5) a trouvé 10 % de chances de fertilité 5 jours avant l’ovulation.

Conclusion

Bien qu’ils attirent par leur facilité d’utilisation, les tests urinaires «d’ovulation» ne sont pas aussi satisfaisants que la méthode symptothermique si on veut bien comprendre ce qui se passe. Ils donnent une information du type OUI ou NON et l’utilisatrice reste perplexe devant tout résultat inhabituel ou l’apparente inefficacité du système si l’attente de la conception se prolonge malgré des relations en temps affiché comme favorable. Les mois passent et le couple ne comprend toujours pas les multiples facteurs de fertilité, ni en général ni ceux qui lui sont propres. Ironiquement, ces systèmes peuvent être contre-productifs si le couple, obnubilé par les jours affichés, néglige les jours qui précèdent et suivent les jours signalés.

Cet article est un extrait du livre La fertilité apprivoisée de Dre Suzanne Parenteau.

Sources :

1 – BEHRE, H., J. KUHLAGE C. GASSNER et al. «Prediction of ovulation by urinary hormone measurements with the home use ClearPlan Fertility Monitor: comparison with transvaginal ultrasound scans and serum hormone measurements», Human Reproduction, 2000, 15, 12: 2478-2482.

2 – KNIGHT, Jane. The Complete Guide to fertility Awareness, Londres et New York, Routledge, p. 166-167.

3 – McGOVERN, Peter G., Even R. MYERS, Susan SILVA et al. «Absence of secretory endometrium after false-positive home urine luteinizing hormone testing», Fertility and Sterility, 2004, 82, 5: 1273-1277. P 167.

4 – ROOS, J., S. JOHNSON, S. WEDDEL et al. «Monitoring the menstrual cycle: Comparison of urinary and serum reproductive hormones referenced to true ovulation». European Journal of Contraception and Reproductive Health Care, 2015, 20, 6: 438-450.

5 – WILCOX, Allen J., Clarisse R. WEINBERG et Donna B. BAIRD. «Timing of Sexual Intercourse in Relation to Ovulation — Effects on the Probability of Conception, Survival of the Pregnancy, and Sex of the Baby», New England Journal of Medicine, 1995, 333, 23: 1517-1521.