Quels sont les préjugés qui restent cramponnés à la méthode symptothermique ?

Clara Gargon
Clara Gargon, étudiante au doctorat en anthropologie

Depuis quelques années, on assiste à une remise en question des femmes sur l’utilisation des contraceptions hormonales pour plusieurs raisons : une attention pour la santé et les effets secondaires des hormones synthétiques, des préoccupations écologiques, une lassitude de porter la charge contraceptive, etc. (1, 5). Depuis une dizaine d’années, on constate, selon les chiffres de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) (10) que les Québécoises utilisent de moins en moins les contraceptions hormonales telles que le contraceptif oral, l’anneau vaginal, le dispositif intra-utérin (stérilet) hormonal, l’implant, l’injection. 

En parallèle de ces informations, Seréna Québec constate que les personnes rencontrées sur le terrain délaissent parfois la contraception hormonale pour des méthodes peu efficaces comme le coït interrompu ou la méthode du calendrier, souvent utilisée par le biais des applications mobiles. Selon les observations des équipes de Seréna Québec, il semble qu’une partie importante des personnes qui se lance dans la pratique d’une méthode naturelle n’a pas reçu de formation adéquate et débute en autonomie sans connaître toutes les règles d’utilisation, ce qui augmente le risque de grossesse non planifiée. D’ailleurs, le nombre d’inscriptions aux ateliers d’apprentissage offerts par Seréna Québec pour la méthode symptothermique ou la MAMA (les deux méthodes naturelles les plus efficaces selon les données scientifiques les plus probantes), n’augmentent pas ces dernières années. Seréna Québec appelle les personnes qui souhaitent utiliser une méthode naturelle à faire preuve de prudence, à bien s’informer sur les différentes méthodes naturelles existantes et à recevoir un enseignement adéquat avant de se lancer. Comme on peut le lire dans cet article, les méthodes naturelles ont une efficacité très différente les unes des autres et leur utilisation nécessite une formation afin de bien en comprendre les fondements et les règles d’utilisation.

Pourquoi les personnes qui se tournent vers les méthodes naturelles ne choisissent-elles pas les plus efficaces ? Certainement parce que de nombreux préjugés, que nous explorerons dans cet article, continuent de planer sur ces méthodes. 

Confusion entre les différentes méthodes de contraception naturelles

Selon les données d’un article de Statistique Canada concernant les pratiques contraceptives des femmes de 15 à 49 ans ne désirant pas avoir d’enfants au Québec récoltées en 2019 et 2020 (3), on constate que le condom est la méthode la plus utilisée à 33%, suivi de la pilule anticonceptionnelle (22,3 %), de la vasectomie ou de la stérilisation tubaire (15,8 %) et du dispositif intra-utérin (13,5 %). Une proportion de 4,3% concerne l’utilisation des méthodes “traditionnelles” qui regrouperait dans cet article le retrait ou coït interrompu et ce qui est nommé la “méthode rythmique” ou le “suivi du cycle de l’ovulation”. 

Le fait d’intégrer dans une même catégorie différentes méthodes naturelles et traditionnelles plus ou moins efficaces est un exemple d’erreur courante dans la compréhension et la présentation des options contraceptives.

Des méthodes naturelles plus anciennes désuètes restent ancrées dans l’esprit général. C’est le cas de la méthode de suivi des températures qui est souvent confondue avec la méthode symptothermique puisque les deux utilisent la température basale. Pourtant, il est démontré scientifiquement que la méthode des températures seule est peu efficace et désuète alors que la méthode symptothermique est aussi efficace que la pilule contraceptive ou le stérilet hormonal (article efficacité des méthodes naturelles). 

C’est le cas également de la méthode Ogino, ou “du calendrier”, une méthode désuète qui prône l’abstinence périodique qui est reconnue comme étant très peu efficace car elle n’est pas applicable dans le cas de cycles menstruels irréguliers ce qui laisse de nombreuses familles avec des « bébés Ogino » (7). Pourtant, les équipes de Seréna Québec remarquent que de plus en plus de personnes utilisent des applications mobiles de suivi du cycle dont l’algorithme se base sur la méthode Ogino. Selon le Contraceptive Technologie, une référence en efficacité contraceptive, les applications augmentent ainsi le risque de grossesses non planifiées dans la population par rapport à la méthode symptothermique (2).

Dans de nombreuses publications et sites internet, l’efficacité de la méthode symptothermique n’est pas présentée séparément de celle d’autres méthodes naturelles ou traditionnelles désuètes ou moins efficaces telles que Ogino ou calendrier, coït interrompu ou retrait, Billings, etc. C’est le cas du site internet de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) qui parle des “méthodes fondées sur le cycle de fertilité” et explique qu’il faudrait : “Mesurer votre température corporelle basale tous les jours et l’inscrire sur un formulaire à cet effet ; tester votre urine au moyen d’une trousse d’ovulation pour en mesurer le taux d’hormones LH ; observer les changements dans votre glaire cervicale ; utiliser une appli pour suivre la méthode du calendrier en assurant le suivi de votre cycle menstruel et d’ovulation et utiliser une combinaison de toutes ces méthodes” (4). Ces informations erronées, qui confondent différentes méthodes plus ou moins efficaces peuvent créer de la confusion auprès de la population sur la manière de pratiquer efficacement une méthode naturelle. Seréna Québec a d’ailleurs envoyé une lettre à la SOGC avec des suggestions de correction de ce site internet. 

Il est important de préciser que les méthodes naturelles font généralement l’objet de moins d’études scientifiques que les autres méthodes de contraception. Certaines études ne présentent pas un échantillon suffisamment large (7) ou des biais tels qu’évoqués ci-dessus. Cependant, il existe des études scientifiques significatives qui appuient l’efficacité de la méthode symptothermique et de la MAMA et qui démontrent l’inefficacité du coït interrompu et de la méthode Ogino (2). 

Un choix injustement jugé archaïque ou marginal 

Une autre forme de préjugé désigne directement le type de population qui fait le choix de recourir aux méthodes naturelles. La plupart des personnes interrogées qui n’utilisent pas ces méthodes vont considérer qu’avoir recours aux méthodes naturelles est un “véritable retour en arrière” face aux progrès scientifiques aujourd’hui (7). Des termes comme méthode “dépassée” ou “archaïque” vont être couramment observés (1, 5). 

Les personnes ont généralement plus confiance dans les contraceptions médicales (par exemple hormonales) car, pour beaucoup, ce qui n’est pas “médical” n’est pas “sérieux” ou “efficace”. C’est pourquoi, les utilisateur.rice.s des méthodes naturelles de contraception peuvent être affilié.e.s à des anticonformistes, des écologistes, des idéologistes et des individus de classe sociale aisée prônant la vie de bohème (1). Effectivement, avoir recours aux méthodes naturelles semble encore tabou et “mal vu socialement” (5, 6) alors même que les institutions qui font autorité en santé sexuelle et reproductive telles que le Contraceptive Technology (2) et l’Organisation Mondiale de la Santé (12), reconnaissent l’efficacité de la méthode symptothermique. 

Dans son manifeste pour la Journée internationale des droits des femmes, Seréna Québec réclame le droit des femmes de faire des choix libres et éclairés pour la gestion de leur fertilité. Cela inclut : “que toutes les femmes puissent opter pour une contraception naturelle efficace sans se sentir jugées ou marginalisées.”, “Une meilleure éducation au sujet du cycle menstruel, des hormones et de la gestion de la fertilité, favorisant le choix éclairé” et “que toutes les femmes se sentent soutenues et accompagnées avec bienveillance dans le respect de leurs choix, de leurs valeurs et de leur identité, tout au long de leur vie fertile.”

La campagne Révolution Contraceptive menée depuis 2024 par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) et soutenue par Seréna Québec appelle à une liberté de choix et une égalité d’accès à toutes les méthodes de contraception reconnues comme étant efficaces. Plus de 96 000 personnes ont d’ailleurs demandé au gouvernement du Québec d’instaurer un programme d’accès gratuit à toutes les méthodes de contraception disponibles au Québec, et ce, sans exception, en signant une pétition déposée à l’Assemblée nationale. 

Préjugés chez les professionnel.le.s de santé

Malgré le fait que les références scientifiques les plus probantes en contraception font état d’une efficacité de la méthode symptothermique semblable à celle de la pilule ou du stérilet hormonal, les préjugés restent tenaces auprès des professionnel.le.s de la santé (4, 5). Pour certain.e.s, intégrer une méthode naturelle de contraception c’est mettre systématiquement sa patientèle à risque d’une interruption volontaire de grossesse (IVG) (7). Ces dernier.ère.s évoquent les méthodes naturelles comme des méthodes “d’espacement des naissances” et non comme de véritables méthodes de contraception (7). 

De nombreuses recherches démontrent que les professionnel.le.s de santé sont très peu informé.e.s sur les méthodes naturelles (6, 8). L’équipe de Seréna Québec constate effectivement sur le terrain que les professionnel.le.s de santé n’ont généralement pas reçu de formation adéquate sur les méthodes naturelles ou qu’elles disposent d’un niveau d’information très limité ou comportant des inexactitudes. Par exemple, les professionnel.le.s de santé sont nombreux.ses à penser qu’ovuler plusieurs fois au cours d’un cycle menstruel à plusieurs jours d’intervalle est une chose courante et que cela augmenterait le risque d’être enceinte avec la méthode symptothermique. Or, les données scientifiques démontrent que lorsqu’il y a une double ovulation (ou plus), ces ovulations se produisent toutes dans les mêmes 24h et que la fertilité probable se situe autour de cette période d’ovulation car les spermatozoïdes gardent leur capacité fécondante pendant 6 jours dans des conditions spécifiques (11). La méthode symptothermique a justement été développée de manière à éviter les rapports sexuels potentiellement fécodants pendant cette période de fertilité probable. 

Un autre mythe utilisé par certain.e.s professionnel.le.s de santé pour expliquer leur inquiétude par rapport à l’utilisation de la méthode symptothermique est qu’il existe des risques de superfœtations. La superfoetation désigne une fécondation chez une femelle déjà porteuse d’un embryon, un phénomène extrêmement rare puisqu’il existe moins de dix cas décrits dans la littérature internationale (9). Il est important de comprendre que cette seconde fécondation arrive à des femmes déjà enceintes et qu’il est donc peu probable qu’elles continuent d’utiliser une quelconque méthode de contraception pendant leur grossesse. 

L’existence de préjugés défavorables envers les méthodes naturelles peut alors orienter certain.e.s professionnel.le.s de santé à utiliser des arguments qui ne font pas sens pour tenter de décrédibiliser les méthodes naturelles. De plus, certain.e.s vont se focaliser sur leur difficulté d’application et vont ainsi émettre des réserves sur l’autonomie des femmes (8), au détriment d’un choix de contraception libre et éclairé. Ces préjugés se reflètent inévitablement sur les perceptions de la population générale si l’on prend bien en compte leur position d’autorité et de légitimité actuellement au Québec.

“Face à la mauvaise réputation et la méconnaissance des méthodes contraceptives naturelles, le suivi et l’accompagnement des femmes qui l’utilisent en est très difficile voire inexistant. Les femmes consultant pour un moyen de contraception peuvent manquer d’information si le professionnel de santé n’évoque pas les moyens naturels. Mais ce qui peut être plus contrariant pour elles après la mauvaise information, serait le manque d’écoute sur leurs attentes et leur choix.” (7, p.9)

Références

(1) Ben Ahmed, I. (2023). Regard des femmes sur la contraception naturelle [Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université de Montpellier]. Montpellier.

(2) Bradley, S, Polis, C, Micks, E, et al. (2025). “Effectiveness, Safety, and Comparative Side Effects. Dans Cason, P, Cwiak, C. C, Edelment, A. et al. Contraceptive Technology. 22nd edition. Burlington, Contraception Technology Communications IMC.

(3) Carpino, T. (2025). Le recours à la contraception chez les femmes sexuellement actives désireuses d’éviter une grossesse. https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/45-20-0002/452000022025001-fra.htm#n10-refa 

(4) La Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC). (sans date de publication) Méthodes naturelles. Consulté le 9 décembre 2025. https://www.sexandu.ca/fr/contraception/natural-methods/ 

(5) Lorenchet de Montjamont, L. (2018). La planification familiale naturelle : évaluation par entretiens du vécu et de la satisfaction des couples [Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université Claude Bernard Lyon 1]. Lyon.

(6) Malavaud, A. (2017). Méthodes naturelles de régulation des naissances : étude descriptive prospective qualitative de couples formés à leur utilisation [Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université Catholique de Lille]. Lille.

(7) Metryka, R. (2018). Désirs de contraception naturelle : comprendre de nouvelles attentes. Etude qualitative d’analyse de discours sur les forums [Mémoire, Université de Lorraine]. WorldCat. Nancy. http://docnum.univ-lorraine.fr/public/BUMED_MESF_2018_METRYKA_ROMANE.pdf

(8) Moinard, C. (2021). Besoins et attentes des femmes pratiquant la symptothermie vis-à-vis des professionnels de santé en France [Thèse, Université de la Réunion]. WorldCat. https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03564269

(9) Pape, O., Winer, N., Paumier, A., Philippe, H. J., Flatrès, B., & Boog, G. (2008). Superfœtation : à propos d’un cas et revue de la littérature. Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction, 37(8), 791-795. https://doi.org/10.1016/j.jgyn.2008.06.004 

(10) RAMQ. (2025). Contraception : nombre de services pharmaceutiques et montants payés par la RAMQ, 2015 à 2024. https://www.ramq.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/non_indexes/contraception-services-montants-payes_0.pdf

(11) Weinberg, C. R. & Wilcox, A. J. (1995). A Model for Estimating the Potency and Survival of Human Gametes in Vivo. Biometrics, 51(2), 405-412. (12) World Health Organization and Johns Hopkins. (2022). Family Planning – A global Handbook for Providers. 4th edition. https://cdn.who.int/media/docs/default-source/reproductive-health/contraception-family-planning/family-planning-a-global-handbook-for-providers-2022.pdf?sfvrsn=46a8d761_3&download=true