Méthodes de contraception naturelle

Qu’est-ce qu’on entend par une prise en charge « naturelle » de la fertilité ?

Clara Gargon
Clara Gargon, étudiante au doctorat en anthropologie

Pour certain.e.s, l’utilisation du terme « naturel » peut porter à confusion lorsque l’on fait référence à des méthodes de contraception physiologiques. En effet, on peut se demander : Qu’est-ce qui est vraiment « naturel » ?

En 2005, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) définit les méthodes naturelles de gestion de la fertilité comme des « méthodes basées sur l’identification des jours où la femme est féconde. Ces méthodes supposent l’abstinence sexuelle pendant la période féconde » (4 : p.90). 

Qu’est-ce que la catégorie des méthodes dites naturelles ?

Seréna Québec opère plusieurs distinctions importantes pour bien délimiter la catégorie des méthodes naturelles. Par exemple, les méthodes barrières telles que le condom, le diaphragme, le spermicide ou la cape cervicale ne sont pas des méthodes naturelles car elles impliquent un dispositif intra ou extra génital. Les méthodes naturelles se différencient également des méthodes de stérilisation comme la ligature des trompes ou la vasectomie qui impliquent un acte chirurgical invasif. Aussi, le coït interrompu (ou retrait) n’est pas considéré comme une méthode naturelle, mais une méthode traditionnelle car elle n’est pas basée sur des observations physiologiques.

Nous rappelons que les méthodes naturelles sont : la méthode symptothermique (ou symptothermie) qui reste la méthode naturelle la plus efficace en contraception (voir article sur l’efficacité des méthodes naturelles ici), la méthode de la glaire cervicale (ou méthode Billings), la méthode de l’allaitement maternel et de l’aménorrhée (MAMA). La méthode du calendrier (ou méthode Ogino-Knaus) et la méthode des températures, quant à elles, sont considérées comme des méthodes contraceptives désuètes car elles sont trop peu efficaces. 

Pourquoi on utilise le terme naturel ?

Les méthodes naturelles enseignées par Seréna Québec (méthode symptothermique, MAMA, MAMA+ et MSTA), que l’on nommera MNSQ, présentent leurs avantages et inconvénients comme n’importe quelles méthodes de contraception, mais elles peuvent être reconnues comme plus « naturelles » en se démarquant de certains aspects des méthodes de contraception plus courantes dans la population. 

D’abord, certaines personnes opposeront « naturel » à « artificiel » ou « chimique ». Par exemple, en opposition aux méthodes hormonales, les MNSQ ne consistent pas à prendre des hormones de synthèse, à subir des actes médicaux invasifs ou à insérer des corps étrangers comme le stérilet en cuivre ou hormonal dans le corps. Les hormones de synthèse peuvent être considérées comme des médicaments qui apportent leurs lots d’effets secondaires sur la santé comme les migraines, les vomissements, la prise de poids, la perte de cheveux, la baisse de libido ou encore les thrombophlébites (formation de caillots de sang dans les veines) (1, 2, 3, 5). Cette absence chimique entretient l’idée de pouvoir laisser le corps fonctionner « naturellement » physiologiquement parlant. Ensuite, le « naturel » fait aussi allusion aux aspects écologiques puisque l’on peut polluer les eaux usées avec des résidus d’hormones présents dans notre urine lorsque l’on est sous contraception hormonale (1, 3, 7). Cette mouvance s’inscrit également dans la volonté de vivre une vie plus saine (8) et qui respecte la nature cyclique de la femme.  Certain.e.s auteur.rice.s mettent en avant le caractère « conscient » des MNSQ puisqu’on retrouve une véritable démarche d’appropriation et de compréhension active du fonctionnement du corps humain (9).

Technologies et méthodes naturelles sont-elles compatibles ?

Le terme « naturel » ne semble pas faire l’unanimité si l’on considère certaines pratiques actuelles associées avec les MNSQ. Par exemple, on observe de plus en plus aujourd’hui l’utilisation d’application de suivi du cycle menstruel pour aider les femmes dans la gestion de leur fertilité (10). 

Pour certaines personnes, l’utilisation d’une forme de technologie en addition aux méthodes naturelles a un côté rassurant (3). Toutefois, cette sensation doit être nuancée puisqu’il a été prouvé que l’utilisation d’une application (de type calendrier ou avec une prise de température) augmente le risque de grossesse non planifiée (article efficacité des méthodes naturelles). De plus, une exposition prolongée aux écrans n’est pas sans impact sur l’équilibre hormonal (article sur le rythme circadien et le cycle hormonal féminin). Enfin, Seréna Québec a publié un article sur l’application Read your Body (application sans fonction prédictive permettant d’archiver les données issues de la pratique de la méthode symptothermique) que vous pouvez voir ici

Selon certaines femmes, la technologie rendrait l’application des méthodes « naturelles » moins désuètes et plus en accord avec l’époque contemporaine (1, 8). Cependant, la plupart des applications offrent la méthode du calendrier, qui, comme nous l’avons vu plus tôt, est une méthode désuète et peu efficace. 

Pour pouvoir appliquer la méthode symptothermique, il faut obligatoirement relever la température basale (parmi les autres facteurs physiologiques) à l’aide d’un thermomètre à deux décimales. Il s’agit du seul appareil technologique obligatoire pour la pratique de la méthode symptothermique. Il existe aujourd’hui plusieurs modèles technologiques pour relever la température basale comme le bracelet connecté qui se place sur le bras Tempdrop ou encore l’anneau connecté Oura ring dont l’efficacité en contraception n’a pas encore été étudiée. Certaines personnes considèrent avoir une utilisation « naturelle » de la méthode symptothermique car elles limitent leur pratique à l’utilisation du thermomètre et d’un graphique papier pour la prise de note, comparativement aux personnes qui utilisent les applications mobiles ou les objets connectés.

Quels termes utiliser en remplacement de « naturel » ?

Cet article ne cherche pas à disqualifier l’utilisation du terme « naturel » pour désigner certaines méthodes de contraception. Il cherche surtout à clarifier les implications que ce terme peut cacher et il nous permet d’avoir une vue d’ensemble des appellations possibles pour parler des méthodes naturelles incluant les MNSQ. Néanmoins, d’autres termes peuvent être utilisés, comme une méthode de contraception « non hormonale, non médicamentée, non invasive et sans dispositif intra et extragénital ». Les expressions « méthodes basées sur la connaissance de la fertilité » (ou en anglais « Fertility Awareness-Based Methods » [FABMs]) ; « méthodes de connaissance de l’ovulation » (3) ou encore « méthode d’auto-observation » (MAO) (6) peuvent aussi être utilisées. Aussi, l’expression « planification familiale naturelle (PNF) » (ou planification des naissances) est encore utilisée par certaines organisations, notamment l’OMS. Il faut néanmoins préciser que cette expression provient surtout de l’influence de l’Église, cette dernière étant contre l’usage de contraceptifs, mais tolère les méthodes de planification familiale. Cette expression n’est, par conséquent, pas toujours très adaptée dans un contexte contemporain, notamment dans une ère post Révolution tranquille au Québec. 

Les termes francophones qui semblent les plus appropriés aujourd’hui sont « Les méthodes [de contraception] naturelles » ou simplement les noms pratiques : « La méthode symptothermique », « La MAMA » et la  « MSTA ». 

Sources :

(1) Ben Ahmed, I. (2023). Regard des femmes sur la contraception naturelle. Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université de Montpellier. Montpellier. 

(2) Debusquat, S. (2019). Marre de souffrir pour ma contraception : manifeste féministe pour une contraception pleinement épanouissante. Éditions Les Liens qui Libèrent. 

(3) Hyerle, L., & Sulpis Chovelon, M. (2017). Vécu et motivation des femmes pratiquant les méthodes de connaissance de l’ovulation comme moyen de régulation des naissances. Thèse de doctorat en médecine, Université de Grenoble Alpes. Grenoble. 

(4) Lachambre, P. (2019). Représentations et ressentis des femmes à propos de leur contraception de nos jours. Thèse, Université́ de Limoges. WorldCat. Limoges. 

(5) Le Guen, M., Schantz, C., Régnier-Loilier, A., & De La Rochebrochard, E. (2021). Reasons for rejecting hormonal contraception in Western countries: A systematic review. Social science & medicine, 284, 114247. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2021.114247 

(6) Lorenchet de Montjamont, L. (2018). La planification familiale naturelle : évaluation par entretiens du vécu et de la satisfaction des couples. Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université Claude Bernard Lyon 1. Lyon.

(7) Malavaud, A. (2017). Méthodes naturelles de régulation des naissances : étude descriptive prospective qualitative de couples formés à leur utilisation. Mémoire pour l’obtention du diplôme d’état de Sage-Femme, Université Catholique de Lille. Lille.

(8) Metryka, R. (2018). Désirs de contraception naturelle : comprendre de nouvelles attentes. Etude qualitative d’analyse de discours sur les forums ; Mémoire, Université́ de Lorraine. WorldCat. Nancy. https://hal.univ-lorraine.fr/hal-03870397v1/document 

(9) Northrup, C. (2010). Women’s bodies, women’s wisdom: creating physical and emotional health and healing (Revised and updated ed.). Bantam Books.(10) Pasche-Guignard, F. (2021). Digital tools for fertility awareness – Family planning, health, religion, and feminine embodiment. In D. Lüddeckens (Ed.), The Routledge handbook of religion, medicine and health (pp. 293-307). Routledge.